Sociologie du mot
Le terme de ringard a été emprunté au monde du cinéma, désignant un acteur de deuxième zone.
Il est probable que l'analogie choquerait aujourd'hui, à l'heure de "plus belle la vie" et de "secret story", légitimés par l'audimat. Tout le monde peut être une star. Donc plus de ringards ...
De la même manière, le cadre ne colle plus du tout avec notre époque.
Synonyme de statut et même de privilège, il sent l'ancien régime à plein nez, la gestion à la Papa, les longues carrières gravies patiemment dans les mêmes entreprises.

Le monde des managers
Le manager a forcément compris que le monde a changé. Il vit dans le "monde par projets", décrit brillamment par Luc Boltanski et Eve Chiapello dans "Le Nouvel Esprit du Capitalisme".
Un monde sans hiérarchie, qui célèbre l'équipe, les compétences, la performance. Le manager ne commande plus, il anime, donne de la vision, accompagne le changement, etc...
Chacun sait de quoi il retourne. Il suffit de se référer à la littérature managériale, qui décrit dans le détail l'univers du manager.

Fantasme ?
Il y a quelques années, alors que je débutais dans la formation, je me souviens avoir eu en face de moi un groupe de très jeunes managers vendant des "solutions d'impression" (traduisez : photocopieur, une autre ringardise).
J'avais essayé de leur transmettre toutes les vertus du "management par le sens". Un désastre !
Avec le recul, j'ai compris que j'étais parfaitement à coté de la plaque. On ne m'avait rien demandé, et surtout pas de prôner un style de management aux antipodes de celui de l'entreprise.
"Il y a des moments où je fantasme", me suis-je dit.

Le grand écart
Il est vrai qu'il y a un grand écart entre le monde réel et le monde tel que nous voudrions qu'il soit.
On ne vit pas "dans le monde de Oui-Oui" ou "au pays des Bisounours".
Comme disait Freud "le monde n'est pas une nurserie".
Alors faut-il continuer à essayer de plier le réel, à coup de séminaires de management, de livres prescriptifs et d'incantations des Directions Générales ?
Ou bien devons-nous revoir nos représentations ?
Comme celle du manager, par exemple ?

Cadre 2.0
Tiens, et si le cadre revenait ? Ce serait marrant !
Ce serait "celui qui donne un cadre".
A l'intérieur de ce cadre, les collaborateurs seraient totalement autonomes, libres de faire ce qu'ils veulent, quand ils le veulent, avec qui ils le veulent et de la manière qui leur convient.
Inspirons nous du réel. Par exemple du modèle wikipédia.
L'encyclopédie en ligne a, depuis longtemps, supplanté tous ses concurrents (notamment microsoft), qui avaient pourtant mis des moyens considérables.
Encore mieux, elle n'a pas eu recours à la carotte et au bâton pour inciter les rédacteurs à contribuer. Les collaborateurs de wikipedia sont dans le "flow", le plaisir de participer à une activité stimulante en toute autonomie, et en relation avec les autres. Une aspiration somme toute assez naturelle chez l'humain épanoui ...
Le cadre est donné, non pas par des injonctions sur ce qu'il faut faire, mais sur ce qu'il ne faut pas faire. D'où l'intervention d'un régulateur, qui nous renseigne sur le sérieux des articles et de leurs sources.
De nombreuses entreprises, dans la nouvelle économie comme dans "l'ancienne", ont compris ce principe.
A nous de relever le défi !